Sanctions

Pour une fois, au lycée, ce soir je reste tard.

Quatre élèves de la pire des classes passent en commission éducative, une sorte de tribunal sans réel pouvoir dans lequel l’élève et sa famille font face au Proviseur et aux professeurs de la classe.

Je suis là sans trop m’expliquer pourquoi. Pour les enfoncer ? Pour témoigner ? Pour faire peur ? Peut-être juste pour les voir.

De quels parents sont sortis ces enfants plein de violence ?

Depuis dix-sept ans que j’enseigne en Seine-Saint-Denis, je ne crois plus aux discours sur les parents démissionnaires dont aiment se repaître les bons parents qui vivent mieux.

Ce soir, les deux premières mères que je vois arriver, discrètes, désolées et voilées, sont de la classe des mères accablées. Chacune l’une après l’autre, elles se tiennent, courageuses, au côté de leur fille. Elles sont désemparées, honteuses devant les profs, les Français, les blancs d’ici, qui exposent, note après note, incident après incident, l’échec de leur enfant. Elles sont blessées de la souffrance de celle qui était dans leur ventre, et qu’elles ont espérée, fêtée, choyée, comme dans toute famille.

La première élève est agressive. La posture de contrition et de bonne volonté qu’elle s’était composée en entrant vole vite en éclats. Elle explose en violence verbale contre moi, puis contre sa mère. La mère encaisse, le coup des mots haineux de sa fille, et le coup de son humiliation devant les juges scolaires. Tous les Professeurs sont choqués de l’intolérable comportement filial. Quelle femme est-elle qui échoue publiquement comme mère, non seulement devant les siens, mais devant nous ? Je ne dis plus rien, mais je comprends que nous avons été pour de brefs instants sœurs d’impuissance en butte aux démons de l’adolescente. Je voudrais dire à cette mère que l’année dernière je faisais cours à sa fille aînée dont le travail et la volonté me réjouissaient. Je voudrais lui dire que je sais que toute faillite n’est pas de son fait. Mais je ne le dirai pas, et qu’importe. La grande sœur, avec son bac, est à la fac. La petite sœur, entre larmes et colère, nous quitte et sera réorientée.

La deuxième élève cherche ses mots. Elle avoue son impuissance, son incompréhension des cours, sa fuite quotidienne à l’infirmerie ou dans le sommeil en classe, la tête sur la table. Elle s’exprime mal et je réalise pour la première fois qu’elle ne comprend pas tout de nos discours. Sa très jeune mère qui, pourtant de langue maternelle étrangère, se concentre assez bien sur nos paroles, demande à sa fille presque sœur si elle comprend ce que nous lui disons. N’avais-je donc pas remarqué depuis des mois que le vocabulaire de cette élève, née en France et de langue française, était trop réduit pour nous entendre ? Elle pleure, perdue dans ce lycée dont les enseignements la dépassent mais auquel elle s’accroche par peur du sombre inconnu des orientations poubelles. Nous la garderons.

Une fois sorties, les deux mères, qui se connaissent du même voisinage et des mêmes sorties d’école depuis la maternelle se confortent l’une l’autre pour retrouver leur dignité : « c’est à cause des lois françaises qui nous empêchent de les taper tout ça ». Faut-il rire ou s’offusquer ? Sur quels grands chevaux monter ? Je ne ris pas ni ne mets le pied à l’étrier, car enfin, ces mères se sentent dépossédées d’un moyen d’éducation traditionnelle qu’elles connaissaient. On leur a dit que c’était mal mais sans leur expliquer quoi d’autre mettre à la place. Leurs filles leurs échappent.

La troisième élève entre seule. Aucun parent ne l’accompagne. Elle a seize ans. Elle est grande et bien faite, coquette, elle se sent belle et intelligente. Sans doute l’est-elle assez, mais pourquoi s’est-elle gâchée ? Sa mère vient de téléphoner au lycée. Elle ne viendra pas. Elle ne viendra plus, pour sa fille unique et gâtée, à qui elle a toujours tout donné, et qui n’en fait qu’à sa tête. Débrouillons-nous avec. Pour garder la face nous acceptons cependant de mener un entretien avec cette seule enfant qui, sans famille pour la tancer ni la soutenir, nous tient tête, bravache. Mère instable, démissionnaire cette fois peut-être, déçue, écœurée, d’avoir tout, trop et mal donné. Notre décision est ajournée.

La quatrième élève se présente avec son père. De lui, elle tient son étrange visage ingrat et masculin. Assise à côté du vieil homme, sa féminité ressort enfin, dans quelques expressions délicates. On sent que ce père peut se mettre en colère, contre elle, contre nous, contre ce lycée injuste qui a regroupé dans une même classe les élèves les plus perturbateurs pour qu’ils s’entraînent vers le fond. Mais ce soir, ce père est calme. Il est là, affaissé, affaibli, vieux ou juste vieilli. Il respire une vie difficile, laborieuse, qui débouche devant nous, sur l’immense déception de l’échec de sa fille. Le menton dans la main, il écoute, tout en paraissant résigné et lointain. Il ne défend pas sa fille, mais il est là, à ses côtés, se demandant sans doute ce qu’il a manqué, et ce qu’elle deviendra. Nous la changerons juste de classe. Et pour elle, j’ose, un peu, espérer.

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La louze

Le jeudi soir c’est conservatoire.

Cours de flûte. A la sortie de l’école il faut courir avec l’instrument, les partitions et le goûter de mon Fils le Moyen. Et courir avec la poussette, les doudous et les gommettes de mon Fils le Petit, qui suit.

Je n’ai pas pris la cape de pluie de la poussette. Le temps était sec et ensoleillé toute la journée. Un temps presque printanier. Alors pourquoi le ciel – balançant entre Noël blanc et giboulées de mars – crève-t-il en averse de neige à 16h35, juste sur nous qui pressons le pas dans la rue perpendiculaire aux deux rues de l’école et du conservatoire dont on déduit qu’elles sont parallèles ? Immobile, en première ligne face au vent et plus exposé qu’en marchant, le Petit dans sa poussette mange tous les flocons. Bientôt le nounours qu’il sert contre son visage sera bonhomme de neige, et les passants regardent ce pauvre enfant mené par sa mère sans cœur ni cape, comme un bouclier contre la tempête.

Essoufflés, chargés, mouillés, nous poussons enfin la porte du conservatoire. Dans le hall je déverse mes enfants et mes bagages. Le remue-ménage hebdomadaire s’engage. Il s’agit de planquer la poussette dans un espace réduit prévu à cet effet sous un escalier, d’en sortir le bébé engoncé dans ses sangles, son écharpe et son bonnet, et de le remplacer sur le siège par le cartable, lourd et inutile. Puis vient l’enjeu d’extirper du panier placé entre les quatre roues, le sac de flûte, forcément coincé, tout ça assez rapidement pour que le Petit, libéré et désormais sans contrôle, ne coure pas, riant et tapant des pieds vers l’ascenseur trop marrant qui pourrait bien lui coincer les doigts ou l’avaler.

Mon Fils le Moyen a rattrapé, criant et tapant des pieds, son frère le Petit avant que ne se referment les crocs de l’ascenseur. Ils se sont battus pour appuyer sur le bouton extérieur, puis sur les boutons intérieurs, et pour rendre plus drôle le jeu des boutons, nous nous arrêterons à tous les étages. Je me recroqueville de honte sous les regards contrariés des autres usagers du monte-charge, devenu omnibus par la faute de mes enfants pousseurs de boutons.

Enfin je confie le Moyen à son professeur. Il est entré en oubliant de frapper. Il a oublié de dire bonjour, mais la porte sur lui s’est refermée. Il est parqué. La mère dépassée que je suis regarde le Dernier : Zozo Minus, enfant unique pour une demi-heure, accroché à ma main. Comme chaque jeudi nous descendons les quatre étages par l’escalier de service, le plus sombre du bâtiment, peint en rouge et tout juste éclairé de veilleuses. Ouh Ouh Ouh fait Zozo Minus en descendant les marches : « il est où Loup ? ».

Mais la tanière du loup ne suffira pas à occuper les trente minutes d’attente du cours de flûte. Nous filons discrètement du conservatoire, abandonnant sous l’escalier poussette, cartable et doudou mouillé. Direction la boulangerie.

La boulangerie est fermée pour travaux.

Je contemple, un instant idiote sous un temps de nouveau clément, les panneaux de bois masquant la devanture de la boutique. Il faut trouver un but au Petit. Je décide brusquement que j’ai besoin de pommes. Celles de ce quartier sont si bon marché que j’en achète plusieurs kilos, mais Zozo Minus, lassé de marcher veut monter sur mon dos. En le hissant sur mes épaules, j’explose ma barrette à cheveux qui tombe dans le caniveau.

De retour au conservatoire – échevelée, courbée, cassée, courbaturée sous le poids du bébé – j’essaie de ranger les pommes qui refusent de rentrer dans le panier entre les quatre roues de la poussette. Certaines tombent et roulent. Le Petit court. Le sac de la flûte de retour du cours n’a plus de place. Le Moyen veut faire pipi. Je me débats, accroupie, épuisée, incapable de me relever. Sur le point de lamentablement tomber sur les fesses au milieu des pommes qui roulent sans rien amasser d’autre que de la saleté, je découvre qu’une copine, digne sur ses deux jambes et l’œil amusé, m’observe depuis quelques minutes. Tu feras de la compote, me dit-elle.

Mais pourquoi les autres mères, elles, s’en sortent ?

Les pommes tombées, pleines d’ecchymoses, ne se conserveront pas longtemps. Ridicule et vexée, je ne ferai pas de compote. Par esprit de contradiction je ferai des pommes au miel. Ce soir. Plus tard.

Il est grand temps de rentrer. Penser aux devoirs, au dîner, aux bains et au violon que ma Grande n’a pas encore travaillé.

Sur le chemin, presque devant chez nous, le nounours tombera sur la chaussée, ramassé par un motard.

La louze du jeudi soir.

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Pommes au miel

Parce que dans un blog de femme on attend des recettes de cuisine

Ingrédients pour six personnes :

2kg de petites pommes (type Royal Gala)

200g de miel

100g de raisins secs

50g d’amandes effilées

50g de cerneaux de noix

100g de beurre (demi-sel)

Épluchez les pommes à l’aide d’un économe sans les couper.

Enlever le trognon et les pépins, toujours sans couper les pommes.

Disposez les pommes épluchées entières dans un plat allant au four. Pour ne pas perdre de place, vous pouvez couper certaines pommes en deux et les glisser dans les espaces vides du plat.

Dans un bol, mélangez les raisins secs, les amandes et les noix.

Dans un autre bol, faites fondre au micro onde quelques secondes, le miel. S’il est bien liquide il se mêlera mieux aux fruits secs. Versez ensuite le miel sur les raisins, les amandes et les noix. Mélangez bien.

A l’aide d’une petite cuillère, farcissez toutes les pommes de fruits secs au miel.

Coupez ensuite le beurre en morceaux que vous disposerez sur les pommes.

Ajoutez un verre d’eau dans le plat pour que la sauce en fin de cuisson soit plus abondante.

Préchauffez le four à 180°C.

Enfournez les pommes pour une heure, mais retournez-les à mi-cuisson afin qu’elles cuisent bien des deux côtés.

Ce dessert est meilleur servi tiède. Si vous l’avez fait très en avance, vous pouvez le réchauffer légèrement au micro onde (ou au four traditionnel) avant de le servir.

La loi du quartier

Voilà que trois heures de cours sont passées. Sans insultes, incivilités ni incidents, nous avons dérivé des logarithmes, enchaîné des suites et des taux d’intérêt.

Il est 16h et je pousse un soupir, étonnée, comme si après la matinée que j’avais passée, j’avais oublié ce que faire cours était.

Chaque matin je commence avec la pire des classes. L’après-midi je prends d’autres élèves. Normaux. Polis. Qui bavardent un peu mais qui savent ce qu’ils font là. Qui ont un cahier. Qui s’assoient. Qui ne mangent pas. Qui ne tombent pas. Qui ne hurlent pas. Qui ne sortent pas n’importe quand pour pisser ou pour cracher. Des élèves quoi.

Avec les classes de l’après-midi, souvent je me fâche. Je réclame le silence, je menace. Je fais la morale, invoquant le Dieu de l’École Républicaine. Je fais peur, agitant le spectre des bulletins médiocres qui constitueront leurs dossiers de candidature aux études supérieures. Je vexe en disant que bons ou mauvais, j’oublierai tous les élèves dès juillet. Une centaine et plus d’individus que j’oublie tous les ans depuis seize ans.

Parfois je suis réellement excédée. Parfois je me contente de jouer la grosse colère. Parfois j’essaie les blagues. Parfois je me tais. Une fois j’ai chanté. Ce que je fais, c’est m’agiter pour qu’ils ne m’oublient pas dans leur bulle de bavardage. S’ils ne m’oublient pas, il y a des chances pour qu’ils se souviennent de mes logarithmes.

L’après-midi j’ai devant moi :

  • Des élèves sérieux qui me regardent fixement et hochent la tête chaque fois que je demande si tout le monde a compris. Et je me sens super forte.
  • Des élèves largués depuis le CP qui me regardent avec une confiance mouillée, comme des noyés espérant avoir enfin trouvé en moi celle qui leur jettera une bouée. Et je me sens super fière.
  • Des élèves assez doués et très volontaires, pleins de questions et assoiffés de réponses, souvent des enfants d’immigrés tout juste arrivés, qui ont foi dans un avenir passant par l’École. Et je me sens super importante.
  • Des élèves fragiles trop prompts à baisser les bras mais qui, sans oser le demander, voudraient qu’on aille les chercher pour leur donner, à la becquée, des miettes de lumières. Et je me sens capable de miracles.
  • Des élèves pétillants, bourrés d’humour et de distance qui, quelles que soient leurs performances scolaires, brillent d’intelligence. Et je suis heureuse d’être là pour les connaître.

Je ne les oublie pas tous. Ce n’est pas vrai.

Ces élèves sont plus nombreux que ceux de la pire des classes.

Pourquoi ceux de la pire des classes suffisent à me donner la nausée quand je vais travailler ?

Pourquoi ceux de la pire des classes poussent certains collègues à sortir de toute réserve, de toute prudence et de toute pudeur, au point d’écrire au Proviseur qu’ils n’en dorment plus la nuit et veulent démissionner ?

Ce matin dans la pire des classes, une élève, confortée qu’elle était dans son sans-gêne et sa mauvaise foi par une vingtaine d’autres, réfractaires à toutes les règles, m’a lancé :

« Ici c’est comme ça. Vous êtes dans notre ville, dans notre lycée. Si vous voulez du silence, allez ailleurs ! A Henri IV ma gueule, et arrêtez de nous donner mal à la tête ».

La loi de la Cité, dans ma classe.

Parce qu’ils ne sont pas dans MA classe et qu’aucune de MES règles ne les touche. Parce que c’est la classe qui est sur LEUR territoire et soumise – dans leur esprit – à LEURS lois. Je suis l’étrangère illégitime, tout juste tolérée, si je ne fais pas chier.

Qui donc gagnera, de mes élèves plus nombreux de l’après-midi, qui espèrent encore en l’École et en acceptent les principes, ou de la minorité animale de mes élèves du matin, imperméables à tous nos codes et discours, à toutes nos sanctions comme à toutes nos promesses ?

Et la loi du quartier n’est-elle, pareillement, que celle d’une minorité qu’on croirait habiter une autre réalité de cauchemar, où ni notre langage, ni notre sens commun, n’ont cours ?

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A la table des escargots

En allant dire Bonne nuit à ma Fille, je la trouve plongée dans la lecture d’un magazine tendance familles citadines bobos qui mangent bio et recyclent leurs épluchures. L’article promeut le remplacement du porte-parapluie dans l’entrée de l’appartement par un composteur maison. Je tique sur le titre : « Comment élever des vers de terre ».

Ah non ! Ras le bol des bestioles !

Les œufs d’escargots pondus en classe dans l’élevage pédagogique de la maîtresse de CE1, et rapportés à la maison pour les vacances de Noël par mon Fils le Moyen, ont éclos le 29 décembre mais ils ne sont pas retournés à l’école en janvier*.

Ils le devaient pourtant. Hélas les promesses orales n’engagent que les mères crédules. Mes enfants s’inquiétaient d’abandonner ces remuantes petites crottes de nez, et la maîtresse n’en voulait plus. Sur les quelques huit cents œufs qu’avaient pondus les huit escargots adultes de la classe, certains nouveaux nés étaient morts de faim, certains avaient été relâchés par cinq degrés dans des jardins d’immeubles et des ronds points, d’autres perdus peut-être dans des plantes vertes ou noyés dans l’évier. Mais ceux qui comme les miens, vivaient, mangeaient et déféquaient, étaient déjà trop nombreux.

Noyée dans la multitude de sites Internet proposant de soigner les escargots à l’ail, au persil ou à la bordelaise, je suis tombée sur une page consacrée au bonheur de l’escargot de compagnie. Même si le bonheur de quarante-quatre escargots captifs d’une boîte en plastique spéciale micro-onde m’est difficilement concevable, je m’y réfère souvent.

Mes deux plus Grands Enfants ont vite oublié leurs bébés baveux qu’il faut nourrir, doucher, nettoyer et décrotter tous les deux jours. Mon Fils le Petit réclame souvent la boîte aux escargots. Pour ma plus grande frayeur, il sait transporter et escalader des tabourets afin d’aller la chercher. Nous la posons alors sur la table de la cuisine ou du salon, et nous la regardons. Tête contre tête au-dessus des bébêtes. Lequel de ces escargots s’appelle Kit Kat, me demande le Petit, pressé de reconnaître SON escargot domestique : celui qu’il choisira quand nous relâcherons les autres au printemps. Celui qui pourra vivre de cinq à dix ans s’il est heureux, douché, nettoyé et décrotté tous les deux jours. Où est la salade ? Est-ce du chou ? Mangent-ils le poireau, la carotte et la courge butternut ? Et la coquille d’œuf ? Pourquoi le caca est-il orange aujourd’hui quand il était vert hier ? Les interrogations sont réelles, les exclamations aiguës et les conversations de plus en plus touffues.

Je me prends au jeu. Vont-ils bien ? Sont-ils propres ? Ont-ils de l’eau, de l’air, de la nourriture ?

Ils sont près de la fenêtre de la cuisine, dans une boîte fermée. Ont-ils été choqués quand j’ai fait frire de grosses crevettes sous leurs tentacules oculaires ? Si l’escargot de compagnie peut expérimenter le bonheur – d’après le site Internet qui ne les met pas à l’ail et au persil – peut-il ressentir de la peur au spectacle de ses consœurs comme lui pourvues de carapaces : ces gambas rougissant dans l’huile d’olive ?

Petit à petit, dans le silence de leur boîte fermée sous la fenêtre, les gastéropodes vivaces et voraces ont pris le contrôle de la cuisine. Ils dictent les menus. Quels sont leurs goûts ? Doit-on varier leur alimentation ?

Faut-il de la salade ? Nous mangerons une quiche garnie de laitue. Ont-ils faim de carottes et d’une tranche de butternut ? Je servirai de la soupe. La promesse de céleri rave les met-elle en transe gustative ? Une purée fera l’affaire. Du chou peut-il leur évoquer une promenade d’hiver au potager ? J’opte pour un chou farci.

Mon chou vert, bourré à éclater de farce, mijote depuis des heures. Tous nos vêtements sentent le chou. Les manteaux pendus dans l’entrée. Le linge propre oublié dans la machine à laver. Mon pull, mes cheveux. Pour quelques feuilles mises de côtés crues, les feuilles cuites exhalent jusque dans les armoires et les parures de lit, l’élégant parfum du dimethylsulfure.

Nous sentirons le chou pendant des jours. Mais les escargots au jardin ne sont-ils pas souvent dessinés ou photographiés sur une feuille de chou ? Cette odeur n’est-elle que le prix à payer pour leur bonheur ?

Et pourtant les feuilles de chou réservées pour mes protégés, crues, offertes dans la barquette, resteront entières. Car le saviez-vous ? Mes escargots n’aiment pas le chou.

* Voir Bonne année  Janvier 2019

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Chou farci

Parce que dans un blog de femme on attend des recettes de cuisine

Ingrédients pour 6 à 8 personnes :

1gros chou vert

600g ou 700g de farce de veau

3 carottes

1 oignon

60g environ de pain rassis

½ verre de lait

2 cubes de bouillon de volaille

Sel, poivre

1 cocotte minute avec son panier vapeur.

Mettez à bouillir une grande cocotte d’eau. Pendant ce temps, lavez le chou en le gardant entier. Enlevez juste les grandes feuilles vertes extérieures les plus dures et les plus abîmées (pour les jeter, ou pour les donner à un herbivore quelconque de votre entourage). Une fois que l’eau bout, plongez-y le chou entier, et laissez-le blanchir 10 minutes. Jetez ensuite cette première eau de cuisson.

Laissez refroidir le chou, sauf si vous êtes assez pressé pour accepter de vous brûler les doigts.

Profitez de cette pause pour éplucher les carottes et les couper en petits dés ou en julienne. Faites les cuire 10 minutes dans une casserole d’eau bouillante salée. Émincez ensuite l’oignon et mettez-le à cuire à feu doux dans une poêle avec une noix de beurre. L’oignon doit cuire en restant transparent.

Une fois que le chou est tiède, ouvrez et déployez délicatement quelques couches de feuilles extérieures, sans les déchirer ni les arracher.

Coupez proprement avec un couteau le tronc du chou, afin d’en détacher les feuilles non dépliées qui forment une boule centrale. Taillez ensuite cette boule en petits morceaux.

Dans un très grand saladier, mélangez à la main (beurk, mais il faut en passer par là) le chou coupé, la farce de veau, le pain coupé en petits morceaux, les carottes et les oignons cuits. Mouillez cette préparation avec le lait qui sera absorbé par le pain. Salez et poivrez.

Formez une boule compacte avec cette farce, et posez-là au centre du chou, comme le cœur d’une fleur. Rabattez ensuite soigneusement les feuilles de chou entières sur la farce. Nouez l’ensemble avec plusieurs tours de ficelle de cuisine.

Posez le chou farci dans le papier vapeur de votre cocotte minute.

Dans la cocotte mettez à bouillir 3 ou 4 verres d’eau avec les 2 cubes de bouillon de volaille. Déposer AU FOND de la cocotte, baignant dans le bouillon, le panier de la cocotte contenant le chou. Le papier ne sert pas ici à faire cuire à la vapeur, mais à pouvoir sortir le chou en fin de cuisson.

Couvrez et laissez cuire à feu très doux pendant 2 heures. Attention : ne mettez pas la cocotte sous pression !

Coupez et enlevez les ficelles de cuisine servant à maintenir le chou en boule.

Servez avec du riz.