Première bougie (31 mai 2018 – 31 mai 2019)

Un blog ? Quelle drôle d’idée. C’est jeune un blog. C’est narcissique un blog. C’est superficiel un blog.

Alors dans ma quarantième année, totalement réfractaire à l’informatique et aux réseaux sociaux, incompétente malgré ce que pense le ministère de l’Éducation Nationale qui veut que tous les profs de maths enseignent la programmation et les nouvelles technologies, j’avais accepté de m’enfoncer dans une fâcherie générationnelle contre tout type de déballage individualiste connecté « genre » ma vie, mon génie, mon cul.

Vieille boudeuse sans barbe, je fustigeais le voyeurisme et la vanité de la toile, sorte de fenêtre sans rideau, ouverte sur la nuit, devant laquelle des naïfs nombrilistes s’exposent nus après avoir allumé toutes les lumières.

Et puis un ami pour mes quarante ans m’a offert un livre, un livre bien étrange pour ma bibliothèque essentiellement constituée alors de classiques français. Elle se diversifie depuis. C’était le roman tout récent de Chimamanda Ngozi Adichie, une romancière nigériane de mon âge : Americanah.

Ce roman s’est trouvé être tout ce que je rêverais d’écrire, à l’opposé des « posts »* superficiels des blogs de mon imaginaire. Un pavé bien écrit, des tranches de vies, profond sans emphase, sensuel sans crudité, ironique sans cruauté, observateur. N’aurais-je pas rêvé d’être aussi créative à quarante ans que Chimamanda Ngozi Adichie ? Sans doute, mais ce livre, par son enthousiasme et sa vie, n’est pas de ceux qui crée des regrets, de la nostalgie ou des jalousies. Il m’a transmis son enthousiasme et fut ma petite révolution de la quarantaine.

Le personnage principal du livre est une jeune femme nigériane partie étudier aux États-Unis. Confrontée au racisme quotidien de la société américaine, tout à coup conscience d’être noire dans ce nouvel environnement, elle ouvre un blog pour y publier ses impressions et croquer en quelques lignes des scènes de sa vie de tous les jours, des conversations, des situations déclenchées par la relation des autres à sa peau noire.

Mais bon sang, mais c’est bien sûr ! Depuis mes quinze ans je rêvais d’écrire tout en me sachant incapable de construire une intrigue, des personnages dignes d’être vrais, un roman. Je voulais écrire comme on prend des photos. Je voulais écrire des images de la rue, des gens vus dans le bus, ma marchande de fruits et légumes, des anecdotes, des scénettes, des rires, des absurdités, des colères. Je voulais écrire un album de textes, comme des clichés pris sur le vif. Je voulais me libérer de l’obligation inhibitrice de chercher une intrigue, de faire preuve d’imagination, de créer des personnages plus vivants que les vivants et dont les destins exceptionnels résisteraient au temps. Je voulais du quotidien, et de tous ces gens ordinaires que j’aime croiser sur mon chemin.

Où pouvais-je donc écrire un kaléidoscope de textes avec le rêve, au début encore mal formulé et hésitant, que cette multitude d’images au fil du temps formerait le tableau d’un quartier ? Où laisser un témoignage de l’ordinaire ?

Dans un blog.

Timide, apeurée, j’ai interrogée mon ordinateur : dans quelle partie de ses entrailles ou de ses réseaux fallait-il fouiller pour créer un blog ? Alors c’est un autre ami qui s’est présenté. Il est venu m’aider, et clic clic clic, par lui, le blog d’Albertine est né. Est-ce un hasard, une chance ou un événement sans importance si l’ami cliqueur de blog est un peintre qui professe l’importance des vies ordinaires ? Olivier Terral** réalise des portraits, peints avec l’empreinte digitale du pouce de ses modèles, des gens de tous les jours, des voisins, des malades, dont l’image sur le tableau s’accompagne d’une courte interview : quelques mots emblématiques de leur histoire. Un kaléidoscope de fragments condensés d’humanité. Un témoignage.

Ainsi inspiré et parrainé depuis un an, ce blog est devenu ma petite maison dans la toile. J’ai réalisé que je pouvais équiper ma fenêtre ouverte sur la nuit de vitres cathédrales, de miroirs grossissants, de voilages. J’ai compris que moi seule déciderais si l’éclairage serait cru, ou simplement suggestif, s’il illuminerait toute la pièce ou juste un morceau choisi. J’ai espéré que je pourrais parler de maternité, de mon lycée et de mon quartier sans dévoiler d’intimité. J’aimerais qu’un jour apparaisse l’image, multiple mais reconstituée, du voisinage. Un témoignage en forme de bouteille à la mer dont je serais heureuse qu’il puisse vous amuser.

Merci à tous mes visiteurs de cette année.

*post : message publié dans un blog.

**Olivier Terral est un artiste peintre. Son site Empreintes de vie, est accessible à partir de ce blog. Olivier est l’auteur du portrait et de la photo qui illustrent ce texte.

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Americanah

Parce que dans un blog de prof on s’attend à trouver des bouquins

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie (2013) aux éditions Gallimard.

Pour mes quarante ans mes amis m’ont offert des livres.

Tous, passant la porte de mon appartement, ont déposé dans mes mains un paquet parallélépipédique : un livre qu’ils aimaient et qu’en raison de nos affinités de goûts et de vies, j’allais aimer aussi.

Ces cadeaux furent précieux.

Il m’arrive de lire et d’oublier mais je n’oublierai pas ma lecture d’un épais roman turc* dans lequel la vie d’un marchand ambulant de yaourt se déroule, envoûtante, et s’étire lentement, densément, comme un gros chat enivrant dont le corps chaud, massif, occupe, petit à petit, tout le lit et mon esprit.

Et comment oublier le livre le plus gonflé qu’on puisse offrir en cadeau d’anniversaire : celui d’un psychanalyste** se proposant de soulager les angoisses face à la mort que ressentent ses patients et ses lecteurs vieillissants ?

Un des paquets parallélépipédiques enveloppés de papier coloré était Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie. Je crois bien que c’est par Americanah que j’ai commencé la lecture de mes cadeaux.

De l’Afrique je ne connais rien. Des ethnies encore moins.

A 24 ans quand j’ai pris mon premier poste de prof en Seine-Saint-Denis, je m’étonnais que mes élèves de type maghrébin soient de la même famille que mes élèves à la peau franchement noire : tous s’appelaient «cousins». Il y a donc beaucoup de métissage, pensais-je ? C’était une constatation rassurante pour qui craint le communautarisme, mais aussi une pensée inquiétante de se dire que dans cette banlieue, tous étaient génétiquement liés, ce qui supposait une pratique sans doute dangereuse des mariages consanguins. Il m’a fallu quelques mois pour comprendre que mes élèves pouvaient s’interpeller « eh ! cousin ! » à longueur de journée, sans avoir dans leur arbre le plus petit degré de cousinage.

Plus tard, plus expérimentée, j’ai assisté à un conseil de discipline en tant que représentante élue du personnel. Incrédule, la bouche clause pour éviter de dire une connerie, j’ai écouté l’argumentation défensive d’un élève – noir – qui avait insulté une prof – noire – sous prétexte que celle-ci avait tenu à son encontre des propos racistes. N’étaient-ils pas NOIRS tous les deux ? Ce jour-là j’ai compris des choses et mon univers ethnocentré s’est un peu élargi.

Et puis mon univers a attendu Chimamanda Ngozi Adichie pour s’ouvrir un peu plus. Accrochée, j’ai lu ce livre chez moi, dans le bus, dans le train, au lycée en mangeant, dans la rue en marchant, trébuchant sur les travaux de la ligne 14 du métro, et quand je levais les yeux sur les passants, possédée par l’histoire, je ne savais plus si les visages que je croisais étaient du livre ou de ma réalité.

Dans Americanah, Ifemelu est une jeune femme nigériane qui est amoureuse d’Obinze. Obinze est un jeune homme fasciné par les États-Unis qui est amoureux d’Ifemelu. Lycéens puis étudiants, ils doivent quitter leur pays dans lequel les universités sont presque toujours en grève s’ils veulent suivre sérieusement des études et réaliser leurs ambitions. Ifemelu part aux États-Unis avec un visa étudiant. Obinze part en Angleterre en clandestin. Honteuse après avoir subi l’agression sexuelle d’un faux employeur pervers, Ifemelu n’ose plus répondre à Obinze. Ils se perdent. Ifemelu reste treize ans aux Etats-Unis et rencontre deux autres hommes. Elle trouve du travail, écrit un blog à succès ayant pour thème « la race » aux États-Unis, obtient une bourse pour étudier à Princeton. Elle réussit. Obinze, renvoyé au Nigeria, finit, après une période difficile, par faire fortune dans les affaires immobilières. Il se marie. Il a un enfant. Et puis l’Americanah, Ifemelu, en mal du pays, rentre au Nigeria. Et Obinze se rend compte qu’il aime toujours Ifemelu. Ils se retrouvent.

Une histoire d’amour qui finit bien, et l’occasion de parler du contexte politique au Nigéria, des militaires, de la culture, de la littérature, de la religion, des cheveux tressés, de la société américaine, des noirs américains, des noirs africains, des latinos, de la difficulté de trouver un emploi, de l’immigration, de l’intégration, des clichés, de la clandestinité, d’Obama, du mépris, de la condescendance, de la violence, des relations, du copinage, du cousinage, des affaires douteuses, de la corruption, du snobisme, de l’ambition, de la famille. Tout un monde vu par une femme nigériane. La langue et le propos sont magnifiques.

Conquise par ce roman de Chimamanda Ngozi Adichie, je me suis précipitée sur ses autres ouvrages. Pour moi, le plus extraordinaire est L’autre moitié du soleil (2006) qui se passe pendant la guerre du Biafra, la guerre civile du Nigéria (1967-1970).

*Cette chose étrange en moi (2014) de l’écrivain turc Orhan Pamuk aux éditions Gallimard.

**Le jardin d’ Épicure (2008) du psychanalyste américain Irvin Yalom aux éditions Galaade.

Le goéland

Je suis un goéland.

Pour la  cinquième fois depuis mon burn out au lycée, je suis assise dans le canapé trop profond de MA psy.

Enfin j’ai une psy. Et même deux : en cologue et en chiatre.

Un mari. Un appart. Une voiture. Des emprunts. Des enfants. Une psy. Deux psys. La complétude. Mon apogée ?

Le fameux divan de la psy (cologue) est inconfortable. Devrais-je m’y allonger ? Il est en cuir. Du genre à coller quand il fait chaud et à crisser quand il fait froid. Il est inconfortable à mes jambes courtes. Assise au fond, mes pieds ne touchent pas terre. Assise au bord, je me sens empruntée, à peine posée, comme le cul sur un chardon.

Après des premières séances très pratiques pour organiser mon exfiltrage du lycée, nous entrons dans ce que j’imaginais être le vif d’une séance psy : l’interprétation de mes rêves. Je m’y prête volontiers. J’y crois moyen mais j’ai envie de faire plaisir à ma psy. Je lui suis très reconnaissante de m’avoir sortie de ce qui devenait mon enfer scolaire. Je lui dois beaucoup. Le moins que je puisse faire en retour est de la laisser jouer à Freud avec moi.

Est-ce une comédie ? Faisons-nous semblant toutes les deux en croyant l’autre sincère ? Je ne sais pas, mais, adolescente, j’avais adoré  L’interprétation des rêves de Freud. J’y voyais un intéressant mécanisme, curieux à  observer, démonter et remonter.

Me voilà donc à raconter mes rêves à une bienveillante quinquagénaire qui les interprète avec une facilité et une rapidité surprenantes. J’avais gardé l’impression que l’interprétation des rêves était plus compliquée.

La conclusion ne se fait pas attendre. Il ressort d’un récent cauchemar que je suis un goéland qui s’est brûlé les ailes, sans doute aux feux de poubelles des protestations lycéennes.

De sales bêtes les goélands.

Pendant que je me regarde complaisamment le nombril – ou le poitrail – pour 50€ de l’heure afin de savoir s’il vaut mieux être un goéland qui sent le roussi qu’un moineau tombé du nid, mes collègues continuent la lutte.

Je reçois toujours les mails des sections syndicales de mon lycée. J’en efface beaucoup. Un seul me reste en tête : celui d’un collègue s’insurgeant contre la faible mobilisation des professeurs de notre établissement face aux violences, aux réformes et à la misère. Avons-nous oublié nos élèves ? Refusons-nous de nous battre pour eux ?

La psy me caresse dans le sens des plumes. Je devine que son boulot est de me faire oublier que je ne suis plus capable d’aller bosser, que j’ai lâché mes Terminales à deux mois du bac et échoué avec la pire des classes*. Elle me passe de la pommade à cicatriser l’estime de soi en couche épaisse.

Contre ma cuisse sur le canapé qui craque j’ai posé mon sac. Mes yeux s’attardent sur le livre qui en dépasse : Hommage à la Catalogne de George Orwell.

Décrochant du discours flatteur de la psy, mon cerveau capte soudain violemment une similitude entre les phrases amères de mon collègue et la guerre d’Espagne vécue par George Orwell : celle d’une apparente absurdité.

Pendant la guerre civile espagnole, syndicalistes et communistes se sont combattus alors qu’ils appartenaient au même camp des républicains et luttaient apparemment pour un même but : la victoire contre Franco.

Fonctionnaire d’État, je combats les réformes d’un ministère qui m’emploie – tout en appliquant par ailleurs ses programmes et ses lois. Apparemment nous luttons pourtant ensemble dans le même camp et pour le même but : l’avenir de la jeunesse. Je suis serviteur public d’État qui ne sait plus qui servir, du public ou de l’État, quand les intentions et les valeurs divergent. Qui donc est l’ennemi des élèves ?  Qui ment ? Qui se trompe de voie ?

Les républicains espagnols ont perdu la guerre et la tête me tourne.

Mon goéland rêve de déployer ses ailes à mille lieues de ces conflits.

*Voir Rentrée des classes, septembre 2018 et La loi du quartier, février 2019

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Hommage à la Catalogne

Parce que dans un blog de prof on s’attend à trouver des bouquins

Hommage à la Catalogne

De George Orwell (1938) aux éditions 10/18.

De George Orwell je ne connaissais que 1984, une lecture scolaire, adolescente, marquante. J’y pense chaque fois que je clique sur OK pour accepter des « cookies » sur mon ordinateur, sans savoir trop ce que ce geste implique, sans savoir si Big Brother vit déjà dans la mémoire de mon ordinateur, sans autre volonté immédiate que celle d’ouvrir la page que j’ai demandée, et qui, peut-être, ne m’intéressera pas.

Dans la ville où je travaille, il y a une librairie magnifique, qui présente une importante littérature « de gauche », peut-être autant pour des raisons idéologiques que pour des raisons commerciales dans ce qui reste l’une des dernières banlieues rouges. J’y ai régulièrement découvert, fait rare vu dans nulle autre librairie, étalés sur une table ronde à l’entrée de la boutique, des ouvrages sur la guerre d’Espagne.

Ce fut le cas de ce livre, Hommage à la Catalogne de George Orwell, achevé en 1938 alors que l’issue de la guerre d’Espagne était encore incertaine.

Quand on se trimballe un nom comme le mien, c’est qu’on a quelque part un lien avec la guerre d’Espagne. Cette guerre civile a donc fait partie très tôt de mon paysage enfantin, nourrissant ma légende familiale. Mes enfants eux-mêmes savent que leur naissance n’est pas étrangère aux mouvements de populations de certaines guerres, d’Espagne ou d’Algérie.

Dans la légende de mes jeunes années, il y avait les gentils dont faisait partie mon grand-père, républicain anarchiste aragonais, obligé de fuir en 1938 son pays pour se réfugier en France, et il y avait les méchants, les fascistes, menés par le général Franco. On m’avait expliqué que les méchants avaient momentanément gagné, plongeant l’Espagne dans la dictature et séparant pour longtemps les membres de ma famille, jusqu’à une fin – en toute justice – heureuse en forme de retrouvailles du clan familial. J’aime cette histoire et je la transmettrai.

En 1936, George Orwell âgé de 33 ans, s’est engagé dans la guerre d’Espagne pour combattre, aux côtés des républicains (les gentils), les fascistes (les méchants). Pourquoi j’insiste sur cette vision manichéenne de la guerre d’Espagne ? Parce qu’elle fut celle de mon enfance, et qu’elle fut celle aussi d’un George Orwell idéaliste s’engageant – par l’intermédiaire du Parti travailliste indépendant (I.L.P.) anglais – avec les milices étrangères aux côtés des Espagnols de gauche.

La première moitié de l’Hommage à la Catalogne décrit de l’intérieur le front d’Aragon sur lequel a combattu Orwell avec les milices du P.O.U.M. (parti ouvrier d’unification marxiste de Catalogne). C’est une description crue et vivante d’une guerre de tranchées, dans laquelle les combattants ont parfois quinze ans, dans laquelle les armes manquent ou sont défectueuses, dans laquelle l’ennui semble plus présent que le danger malgré la boue, les poux, les rats et les balles – parfois perdues – qui semblent tuer au hasard. Orwell finira par prendre une balle dans la gorge et, miraculeusement, en réchappera. Ce témoignage est aussi un hommage au courage de ces hommes tenant le front, sans expérience ni matériel, mais avec leur foi en une politique nouvelle. Ils ont appliqué dans leur microcosme boueux l’abolition des différences sociales et l’égalité au sein d’une milice sans grades, sans chefs, sans ordres.

C’est en mai 1937, à l’occasion d’une permission à Barcelone, qu’Orwell va voir la légende des gentils et des méchants se fendiller. Le camp des gentils va exploser en une bataille de rues suivie de conflits politiques féroces entre les « trotskystes » (membres du P.O.U.M. et de la C.N.T. le syndicat anarchiste) d’une part et les communistes staliniens d’autre part. George Orwell se retrouve malgré lui embarqué dans ce conflit qui semble absurde entre républicains, alors que sur le front d’Aragon les miliciens de la République, scandaleusement bien moins armés que la police communiste de Barcelone, contiennent les troupes franquistes.

Pour conséquence de cette bataille et d’une campagne de propagande des communistes staliniens, le P.O.U.M. sera accusé de fascisme par ses anciens alliés et déclaré illégal. Ses membres, ainsi que les miliciens étrangers ayant combattu à ses côtés, seront arrêtés, entassés arbitrairement dans des prisons de fortune, et pour certains fusillés.

Le livre se conclut sur la purge des combattants du P.O.U.M. et de ses milices. Sur la fuite vers la France de George Orwell et de sa femme, traqués par les staliniens. Et sur la mort révoltante de combattants espagnols et de miliciens idéalistes – anglais, belges, américains… –  fusillés comme traîtres fascistes ou oubliés à mort dans des prisons alors qu’ils avaient volontairement combattu Franco sur le front d’Aragon.

Un grand livre.

Si la guerre d’Espagne sans manichéisme vous intéresse, un excellent livre sur le sujet et qui fait référence est La guerre d’Espagne de Antony Beevor aux éditions Calmann-Levy (2006).

Enfantillages

Comment ? Pas de texte cette semaine ?

Non.

Repos ? Peut-être.

Enfantillages ? Sûrement.

C’est qu’aujourd’hui j’ai rajouté une page à ce blog : Livre à compter.

C’est un petit livre pour enfants qui ne vous apprendra rien : il s’agit de compter jusqu’à 10.

Le faire m’a beaucoup amusée.

Je le trouve moins raté que le précédent, le livre sur les Marées expliquées aux enfants, même s’il est encore trop sage, trop propre, trop prof.

Si vous avez un moment, mettez-moi un petit commentaire, une critique, un conseil… J’en serais ravie, pour profiter de vos avis et faire que le petit livre pour enfants suivant soit peut-être encore moins raté que le précédent.

« C’est en écrivant qu’on devient écriveron »*

Et en dessinant ?

Merci pour vos contributions bénévoles si vous en avez l’envie et le temps.

Comment faire ?

Pour lire le petit livre, il faut cliquer sur « Livre à compter » dans le menu en haut de la page d’accueil.

Pour mettre un commentaire, il suffit de cliquer dans le bandeau à droite sur « Enfantillages », et de dérouler l’article jusqu’au bout pour trouver le cadre qui vous invite à laisser un commentaire. Et n’hésitez pas à être sincère !

Merci pour votre visite.

*Citation de Raymond Queneau

Dimanche au parc

Il est 17h et je vais chercher ma fille au parc. Elle fête un anniversaire.

Je traîne mes deux garçons surpris d’une sortie supplémentaire. Je suis contrariée. Je n’aime pas le parc surpeuplé de l’après-midi.

Le rendez-vous est au parc secondaire de la ville. Pas le grand parc des quelques rares cartes postales locales. Pas le parc principal, vitrine municipale avec ses arbres centenaires et ses balançoires à nacelles.

Le parc secondaire n’est connu que des riverains. Il est un peu notre jardin. Attenant à la cour de l’école publique, entouré de logements sociaux depuis peu flanqués de quelques constructions privées, il voit descendre tous les voisins de toutes les cages d’escaliers aux premiers soleils printaniers.

Je retrouve ma fille sur la pelouse. Les dix enfants invités à la fête se sont multipliés de tous les copains descendus jouer. On a sorti les tables de pique-nique. Les mères ont étendu des couvertures. On s’assoie, on forme des cercles, on discute, on salue les nouvelles arrivantes. Le goûter d’anniversaire n’en finit pas de régaler tout le quartier. Les enfants qui n’ont jamais été invités se pressent autour des parts de gâteaux au chocolat, des chips et des sucettes. Tout le monde repart gavés, les mains collées de sucre et de sel.

Mon fils le Petit a repéré un ballon et un trotteur. Il fonce, court, m’échappe.

Mon fils le Moyen est accueilli par les cris de joie et de bienvenue des enfants de sa classe. Lui qui se dit persécuté et rejeté, rejoint pourtant la partie de balle au prisonnier des gamins qui semblent finalement tous l’aimer bien.

Inutile de vouloir prendre ma fille sous le bras pour rentrer à la maison. Nous ne quittons pas l’anniversaire : c’est lui qui nous happe. Il décide à notre place. Mal à l’aise je lance quelques « bonjour » aux femmes assises sur l’herbe. Je ne suis pas de leur bande. Elles me sourient et me tolèrent sans pour autant m’inviter à les rejoindre.

Seule adulte debout au milieu de l’étendue verte, plantée comme une vigie, je ne quitte pas des yeux mon Petit qui galope et pique, hilare, tous les ballons. Les copains de l’école accueillent l’empoisonnant petit frère avec l’indulgence des grandes fratries.

Je suis inquiète, impatiente de filer, agacée. Stressée, j’imagine toujours qu’un de mes enfants va s’envoler, disparaître, avalé par un tronc d’arbre ou kidnappé par une corneille.

Près de moi les mères ont mutualisé tous leurs mômes et semblent compter sur la force de gravitation du groupe pour qu’aucun ne s’échappe. De temps en temps une tête se dresse et un cri maternel rappelle un mioche un peu trop téméraire. Toutes sont mères de tous.

Je reste. Je suis ennuyée mais fascinée par cette vie de quartier que je n’ai connue que dans les livres et dans les films. Un air de Guerre des boutons en couleur. Je suis heureuse de voir mes enfants s’y mêler, jouer, courir, bouffer et se rouler par terre, pleins de santé.

Soudain l’ambiance change. Les aboiements d’une dispute nous parviennent. Toutes les mères sont en alerte. La masse des gosses, petits et grands, se déplace vers un autre parterre. Je retiens les miens. C’est la bagarre. D’autres gamins descendus là sans parents, libres de mouvements et de conneries, s’insultent. Ils se frappent. Je reconnais un élève de la classe de ma fille : un grand bébé tous les jours auteur de bêtises de moins en moins enfantines. Des grands interviennent. Tout le monde s’offusque et s’en mêle. Les deux camps s’affrontent puis se séparent, mais un petit garçon, une crevette agressive m’arrivant aux aisselles, fait volte-face et hurle sur la mère qui organisait l’anniversaire : « T’es qui toi pour me parler ! Vas-y tu me parles pas à moi. Toi ! »

Les femmes hochent la tête, navrées : « Mais que fait sa mère ?  » Pourquoi des mères laissent-elles leurs enfants seuls dehors au lieu de descendre partager le généreux goûter d’anniversaire ? Je pense aux élèves de ma pire des classes*. Je regarde s’éloigner la crevette agressive qui – plus jeune pourtant – leur ressemble déjà. Je pense aux professeurs qu’il a et qu’il aura. Et je me dis que le boulot n’est pas fini…

*Voir La loi du quartier, février 2019

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