Burn-out ?

L’Université Syndicaliste, le journal du SNES, le plus gros syndicat enseignant du secondaire, a consacré un article au burn-out dans son numéro du 8 juin 2019. Je viens de tomber dessus en retard, au hasard de mes rencontres avec les journaux, livres et magazines qui traînent un peu partout chez moi.

Mes nombreux médecins, psychiatre et psychologue, m’ont dit que j’étais burn-outée, sans toutefois me faire comprendre ce que c’était. Je tiens debout. Je souris. Je m’occupe de mes enfants. Je parle aux gens. Je ne suis pas malade. J’ai longtemps cherché les symptômes de mon affection sans jamais réussir à écarter l’idée honteuse que j’avais gagné au loto de l’Éducation un arrêt maladie bidon.

Un burn-out est-il une dépression ? Un burn-out est-il à la mode, et peut-on l’adopter comme on décide de manger Vegan ou d’écrire un blog ? Tous mots que je n’entendais pas quand j’étais jeune.

L’article que je relis pour la cinquième fois m’éclaire enfin, après six mois d’absence au lycée :

« Les différentes définitions de ce syndrome mettent toutes en avant trois dimensions : l’épuisement émotionnel, psychique et physique ; le désengagement professionnel qui se traduit par le détachement et le « cynisme » ; et enfin l’absence d’accomplissement de soi au travail et le sentiment d’inefficacité et d’impasse. »

Le burn-out n’est pas le synonyme de trop de travail, ce qui serait comique bien sûr chez une enseignante à temps partiel. Le burn-out n’est pas une dépression, mais il y conduit. Là je comprends enfin que je fais un burn-out, et je remercie mon médecin traitant qui n’écoute pourtant pas les bobos et nous refuse les antibiotiques, de m’avoir diagnostiquée et retenue par la manche au bord du précipice.

L’article est cependant à double tranchant. S’il me libère du sentiment d’être une malade imaginaire puisqu’il décrit cliniquement ce que je reconnais être précisément mon état, s’il me déculpabilise en faisant résulter directement ma défaillance de mes conditions de travail et pas d’une fragilité ni d’un pet au casque, il m’interroge sur la légitimité de mon « sentiment d’inefficacité et d’impasse ». Ma vision noire de l’enseignement dans le 9-3, mon « cynisme », mon sentiment d’impasse sont-ils le reflet d’une réalité vraiment noire, ou sont-ils créés sans raison objective par mon épuisement émotionnel, psychique et physique ?

Les articles de mon blog sont-ils faux ?

Vous qui me lisez, avez-vous été abusés par un esprit épuisé, brûlé, qui verrait son monde à travers un prisme couvert de suie ?

La vie en Seine-Saint-Denis est-elle en réalité bleue comme le dispositif de « l’école bleue »* dont m’a proposé de profiter le Rectorat, à savoir aller enseigner pendant mon arrêt maladie quelques heures ou quelques semaines dans des endroits divers sous la houlette d’un professeur croyant et optimiste qui me réapprendrait à voir mon métier comme un ciel sans nuage ?

Puisque doute il y a, dans votre esprit comme dans le mien, voici un lien vers un reportage de France Culture. Il ne dure que cinq minutes et parle – en cette rentrée si médiatisée – de ces élèves auteurs d’une tribune que j’avais reproduite ici en juin 2019**. Ce n’est pas mon lycée, juste son petit frère, dans cette même famille des écoles de la France d’en bas.

Les protagonistes de ce reportage sont-ils, eux aussi, sombres et épuisés ? « L’école bleue » pourrait-elle nous prendre tous en stages groupés ?

https://www.franceculture.fr/emissions/le-reportage-de-la-redaction/encore-une-rentree-difficile-pour-les-eleves-du-lycee-jacques-feyder-depinay-sur-seine-en-seine

Je n’ai pas deviné que je faisais un burn-out. J’ai ri au nez du premier médecin qui m’en a parlé. Le burn-out ne se ressent pas. Il nous fait croire que c’est juste normal d’être comme ça. Le burn-out, on le devine après, dans la trace qui reste quand il part, comme sur le mur de la chambre reste le rectangle aux couleurs vives, témoignage d’une armoire disparue qui privait autrefois ce coin de tapisserie des rayons du soleil. C’est seulement quand la lumière revient qu’on réalise que ça n’allait pas du tout depuis des mois ou des années. On se dit qu’on a failli perdre plus qu’un travail et qu’il ne faut plus jamais y retourner.

*Voir L’école bleue, juillet 2019

**Voir TRIBUNE des super héros, Juin 2019

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