Première journée d’automne

Les températures suffocantes des derniers jours ont enfin baissé. J’ouvre les rideaux et la baie vitrée sur une première journée d’automne. Il est sept heures et l’air frais qui rentre, porte une invitation à la campagne. Il sent l’humidité, les feuilles tombées, les premières flaques dans les allées du parc. J’ai envie de cueillettes de pommes et de balades en forêt. Peut-être qu’un banc sous les arbres piqués de roux du jardin municipal me suffirait.

Passée directement du lit au balcon, frissonnante en chemise de nuit, je pense à l’exode, cet été, des amis partis s’installer dans des villes de province. Des immeubles partout dans le quartier se construisent pourtant toujours. Au-delà des arbres, des grues hérissent le paysage. Pour quoi et pour qui ? Pour accueillir – étape intermédiaire – la migration immobilière de Parisiens venus chercher en petite couronne un peu d’espace et une terrasse. Traumatisés du premier confinement, ils s’insèrent, comme tant d’autres, dans un mouvement de déménagements centrifuge. Les vieux entrepôts, les garages, les cafés miteux ont été arrachés comme des dents cariées, puis remplacés par des façades lisses et bien alignées. De nouvelles écoles – montéssori, bilingues, catholiques – accueillent les enfants des nouveaux habitants, tandis que des trous sont apparus dans les listes des classes du collège public. Mes enfants, le cœur plein des promesses de se revoir, comptent en cette rentrée, les vides laissés par les copains partis rêver plus loin à un barbecue sur un bout de terrain.

Laissant le salon s’aérer, je décide de dresser la table du petit déjeuner face à la fenêtre ouverte. Un souffle d’école buissonnière caresse les bols et les biscottes malgré le stress matinal qui finit par naître de la mauvaise volonté des enfants à s’habiller, et de l’injonction de plus en plus pressante de l’horloge à se dépêcher.

Huit heures dix. Chocolats et cafés sur la nappe se mettent à trembler. Trois moteurs assourdissants viennent, dans la rue, de se déclencher. Ignorant les prémices bucoliques d’une si belle journée, trois agents municipaux en gilets fluos viennent de démarrer trois souffleurs à feuilles. En ville la paix et la poésie automnales ne semblent pas destinées à perdurer après le petit déjeuner. D’ailleurs l’heure de partir à l’école a sonné. Je ferme d’un coup sec la fenêtre dont le double vitrage agit immédiatement comme un calmant ou un tampon d’ouate sur mes tympans.

Au passage piéton menant à l’école, une voiture pile en klaxonnant devant la gentille dame en jaune chargée de faire traverser les enfants. Elle a bien mordu la ligne du feu, et c’est en frôlant son capot que nous nous engageons sur les clous quand, brutalement, la conductrice écrase de nouveau son klaxon qui nous explose le crâne. Surprise par une douleur fulgurante dans l’oreille gauche, je me retourne sur elle pour hurler. Blessée, je ne m’entends même pas crier une volée d’insanités. Tous les parents se retournent. J’ai mal. La voix cassée et la tête sonnante, je dépose mes enfants à la porte de leurs classes, inquiète des séquelles et d’une possible surdité provoquées par la folle impatiente qui voulait faire descendre plus vite de l’immeuble voisin un passager à covoiturer.

À mon arrivée au lycée, une douleur sourde s’est installée au fond de mon conduit auditif. La simple idée d’une conversation me fait l’effet d’une souffrance. Il me faudrait un pansement de silence. Hélas j’ai cours en 240, une salle avec vue et bruit imprenable sur le chantier d’un immeuble en construction. Entre les mesures sanitaires et la chaleur qui commence à monter du soleil et des corps agglutinés des élèves, fermer les fenêtres est impensable. Tout bourdonne. Je confonds les bavardages avec les soupirs d’une machine asthmatique qui semble s’essouffler, s’arrêter, se relancer depuis une heure sans jamais vouloir vraiment démarrer. J’élève la voix pour traverser le masque et porter au-dessus des coups de marteaux assénés sur les barres métalliques de l’échafaudage qu’on monte, les propriétés et limites des fonctions inverses. Un élève, à qui je demande de répéter, me reproche de crier et se fâche. Le ton monte. Je dis chut au chantier. Les ouvriers s’interpellent et plus personne ne sait quel exercice j’ai donné.

En vertu de la journée continue, une autre classe s’installe à 13 heures. Dehors c’est la pause déjeuner. Les travaux sont arrêtés. Je pense enfin souffler et je projette au tableau un chapitre de probabilités. Le doux ronronnement du vidéoprojecteur est un soulagement. Mais quel est ce shhhh, shhhh, shhhh. Tout en passant dans les rangs, je m’approche d’une fenêtre. Shhhh, shhhh, shhhh. Un ouvrier fait des heures supplémentaires. Insupportable sauteur de repas, traître aux syndicats, casseur des conditions de travail, il fait glisser et crisser sa taloche sur le mur qu’il enduit au lieu d’aller manger. Patiemment. Régulièrement. Shhhh, shhhh, shhhh.

Découragée je me sens prête à embrasser tous les coqs de fermes et de villages qu’on reproche aux Parisiens de vouloir réduire au silence dans du vin. L’exode viral post confinement n’aurait-il laissé en ville que les fous tapeurs, cogneurs, sonneurs et harceleurs ? Et pourquoi tant d’agressions et toute cette violence pour pas un rond ?

Qu’ai-je donc fait aujourd’hui d’autre que me lever, admirative d’un premier air frais décrochant les premières feuilles mortes ? En quoi ai-je donc fauté ?

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Les déboires d’un loir

En ces temps d’amertume, petite prof fait mumuse.

Cet été, dans le placard d’un gîte rural, un loir nous a rendu visite. On a cru voir une souris à la queue bien fournie. La nuit, il trottait dans le grenier. Le jour, il croquait nos provisions sous l’évier.

Cet adroit petit loir vivant cloîtré sous le toit, m’a inspiré une histoire. Une histoire peuplée de poires, de poivre, d’arrosoirs et d’autres mots en OI se croisant dans le noir.

C’est pour apprendre à lire. C’est sans prétention, mais si vous pouviez concevoir d’aller voir sur la toile cette histoire pas rasoir, ce serait au poil.

Et dans l’espoir que mon loir se voie toucher du doigt une gloire dérisoire, pensez à écrire un petit commentaire sur le site des éditions numériques edition999 (gratuites et sans publicité). Voici le lien :

https://www.edition999.info/L-histoire-du-loir-du-poivre-et-de.html

Merci et bonne rentrée !

A.H.