La révolte des gueux

Dans une manifestation de Gilets jaunes il y a des Gilets jaunes, des Sans gilet, des Gens en blanc, des Gens en noir.

Des Gens en noir, des black blocs cagoulés, marchent vite, droit devant, et dépassent tous les manifestants. Armés de gourdins, ils ont glissé de lourdes bouteilles en verre dans leurs poches. Marchent aussi, non loin, d’autres hommes en noir : des curés en soutanes et sandales, le rosaire marquant le pas, attaché à leur ceinture.

Les Gens en blanc sont des soignants. Ils portent des masques à gaz, des lunettes de chantier, des casques à vélo barrés de scotchs rouges, en croix. Quand on atteint les lieux d’une récente bousculade, on voit les gens en blancs agenouillés, en groupes, sur les bordures de trottoirs et le long des murs. Ils entourent d’autres gens, assis, allongés, dont on ne voit rien, si ce n’est pas terre, des tâches de sang.

Les Sans gilets sont des prudents, des tendres, des parents, des mères de famille, des gens de passage, de vrais engagés ou des sympathisants curieux.

Les Gens en jaune portent des drapeaux rouges, des drapeaux français, des drapeaux basques, des drapeaux bretons, des drapeaux royalistes.  Un jardinier breton pauvre d’immeuble parisien riche, jaune de gilet et rouge de bonnet, côtoie un ingénieur qui manifeste pour son père, un sociologue, docteur en casseurs et en mouvements sociaux, des femmes calmes qui disent être là pour que la dictature n’y vienne pas, et des profs d’un lycée voisin du mien. Des ouvriers tâchés de plâtre saluent le cortège depuis les fenêtres des appartements du Boulevard St Germain qu’ils rénovent. Une fanfare – saxos, sax ténors, trompettes et trombone – accompagne les montures rugissantes de motards à l’arrêt.

Et là où les jets de gaz s’installent, on voit sortir de dessous tous les étendards, les mêmes yeux de lapins russes, et de mains de droite et mains de gauche se donnent des pipettes de sérum physiologique et des mots de solidarité d’une envie commune de changement, sans que les propositions scandées pour changer puissent jamais se retrouver.

Marcher ensemble, visiter Paris depuis le milieu de la chaussée, discuter, connaître, échanger, et choisir, après.

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