A propos du blog

Décembre 2021

En trois ans et demie d’écriture de ce blog,  je n’ai pas eu l’occasion de m’ennuyer.  Un burn out, un stress post-traumatique après dix-huit ans d’enseignement en Seine-Saint-Denis, et quelques vagues de covid plus tard, me voici depuis plusieurs semaines essayant d’écrire un roman.

Ai-je tourné la page de trois ans et demie de textes courts, de descriptions de quartier, de billets d’humeur sur mon métier de prof ? Sans doute pas. Je voudrais écrire des textes qui font rire, ou du moins sourire, mais je suis empêchée par une colère qui monte.

Une colère contre les bobos à vélo qui manquent de m’écraser trois fois par jour dans les rues et sur les trottoirs de ma ville de petite couronne de l’Ouest parisien qui s’embourgeoise.

Une colère contre certains profs du collège de ma fille qui revendiquent sans complexe, et à l’opposé de tous les idéaux auxquels je croyais, une école à deux vitesses : « On est en ZEP ici, impossible d’intéresser nos élèves issus des CSP moins avec le vrai programme. Si vous voulez que votre fille ait un cours de physique, madame, inscrivez-la dans le privé. Ce n’est pas une honte de choisir le meilleur pour ses enfants vous savez ! »

Une colère contre l’Éducation Nationale qui ne reconnaît pas le burn out en maladie professionnelle et qui me laisse, après plus d’un an de reprise dans un nouveau lycée cette fois tranquille, me battre seule avec mes séquelles : cauchemars incessants, fragilité au stress, irritabilité et dents cassées à force de les serrer.

La colère est mauvaise conseillère, il paraît. Je ne suis pas non plus très sûre qu’elle écrive bien. Je vais donc la laisser monter pour le moment en silence. Je vais lui laisser le choix de s’épanouir ou de s’endormir. Je vais essayer de la comprendre, de la cerner.

Et en attendant, je me lance dans l’écriture d’un roman. Un rêve d’enfant.

Albertine Herrero

Juillet 2019

Comment une prof à temps partiel peut-elle faire un burn out ?

Depuis que j’ai commencé ce blog en mai 2018 mes trois enfants ont grandi et j’ai récemment pris trois kilos en trois mois d’arrêt maladie. Quelle maladie ? La séquano-dionynisite*. Je la soigne par des rendez-vous hebdomadaires avec les psys qui m’accompagnent désormais au plus près de ma vie et de mon porte-monnaie. C’est une sorte d’allergie mentale à dix-huit ans d’enseignement dans les quartiers difficiles de Seine-Saint-Denis.

Une fonctionnaire de quarante (et un) ans, mère de trois jeunes enfants, peut-elle relever d’autres défis que celui de choisir les meilleurs verres progressifs et les meilleures protections anti-fuites pour périnée malmené par les sorties brutales de trois bébés ?

Une fonctionnaire de quarante (et un) ans, mère de trois jeunes enfants, peut-elle apprendre un autre métier ? Ou tout simplement SE TIRER sans ressentir la terrible culpabilité de quitter le navire qu’elle aimait finalement et avec lequel elle croyait, par idéalisme et par vocation, devoir accepter de couler ?

Petite fonctionnaire est au début du chemin. Depuis son quartier et sa famille qu’elle ne quitte plus, son horizon pourrait se rétrécir, et pourtant il n’a jamais semblé aussi large.

Ce blog entreprend le récit de ce voyage.

Albertine Herrero

*Les Séquano-dionysiens sont les habitants de Seine-Saint-Denis.

Mai 2018

Quarante ans. Dix-sept ans d’Éducation Nationale en Seine-Saint-Denis. Une centaine d’élèves tous les ans. Trois enfants à moi entre deux et neuf ans. Je devrais être experte en quelque chose. Sûrement. Et pourtant.

Comment exercer son autorité sur trente adolescents ? Je n’ai toujours aucune réponse. Ne pas hurler et résister à l’envie de se défenestrer ? Je ne me suis jamais jetée du quatrième étage où j’enseigne tant bien que mal les mathématiques, mais je hurle souvent.

Je hurle aussi sur mes enfants. C’est mal. C’est mal pour eux, pour moi, et pour les voisins. Comment faire manger un enfant qui ne veut pas manger ? Dormir un enfant qui ne veut pas dormir ? Faire faire pipi sur le pot à un enfant qui fera sur le tapis ? Je ne sais pas.

Éternelle débutante, je subis souvent des événements qui me dépassent.

Puisqu’il me faut être impuissante quelle que soit mon expérience, j’ai décidé de m’extraire…

De m’extraire et de REGARDER.

REGARDER d’un œil de mère.

Albertine HERRERO